Malaise chez FedEx


13 Décembre 2003 Le Parisien - « RENTREZ CHEZ VOUS ! Voleurs de travail ! »


«RENTREZ CHEZ VOUS ! Voleurs de travail !
» Jeudi, 23 heures, à l'entrée de la gigantesque plate-forme FedEx, à l'aéroport Charles-de-Gaulle (CDG) qui compte 1 450 salariés. Les manutentionnaires du centre de tri de colis de la société de transport express manifestent leur colère contre la voiture qui emmène sur le site des équipes dépêchées en renfort d'Allemagne, de Belgique ou d'Italie pour faire tourner quoi qu'il arrive Roissy, le hub européen du groupe américain.

Depuis le début du mois de novembre, le personnel multiplie en effet les débrayages surprises, avec l'appui de l'intersyndicale CGT, FO, CFTC et CFDT. Les grévistes mettent durement en cause les conditions de travail, dans une branche où l'activité se déroule de nuit, avec deux créneaux de pointe (la double fenêtre), entre 17h 30 et 22 heures puis 23 h 30 et 4 heures. Les contraintes et le stress sont imposés par les décollages des avions qui doivent se faire à l'heure.
Les témoignages laissent apparaître un malaise général que les « managers » de FedEx refusent pour l'instant totalement d'évoquer. « Il y a des cartes que les deux camps jouent pour influer sur les négociations.

La direction s'exprimera une fois que la concertation sera terminée. » Les manutentionnaires au tri et sur les pistes dénoncent la cadence imposée par les plannings. « Certains d'entre eux enchaînent des horaires très pénibles, en travaillant en double fenêtre, deux nuits de suite par semaine, décrit
Robert Devonssay, délégué syndical CGT. A ce rythme, on ne fait plus rien et on est toujours fatigué. Mes copains m'ont même surnommé le Vieux. »
« Je ne suis pas une machine »
Le 30 avril, le comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) de l'entreprise a mandaté un cabinet indépendant spécialisé, Eretra, pour mener une expertise, après le « constat de recrudescence de risques graves pour la santé des salariés »

« J'étais rattaché à l'infeed, le service de déchargement des colis. On y travaille à la façon des esclaves, en permanence plié en deux, raconte par exemple Taoufik, en arrêt depuis un an et demi pour de graves problèmes de dos. « J'ai soulevé le paquet de trop et j'ai ressenti une très grosse douleur. » Le jeune homme, qui habite à Garges, critique la mise en place, courant 2002, du nouveau planning qu'il a d'abord refusé d'appliquer. « C'était insupportable, note-t-il. Moi, je ne suis pas une machine. »
« Je sais que de nombreux salariés sont satisfaits aujourd'hui de leurs conditions de travail », écrivait pourtant le 5 décembre, à l'ensemble du personnel, Alain Chaillé, vice-président des opérations pour l'Europe du Sud. Dans le courrier, le dirigeant ne manque pas d'y glisser cette petite mise en garde : « Nous vous avons écoutés quand vous avez demandé d'augmenter le nombre d'emplois à plein-temps. Notre investissement n'a pas seulement aidé de nombreuses personnes à titre individuel, mais également l'économie locale autour de la plate-forme CDG. »

Claire Guédon




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