

Il n’est pas certain que les salariés qui ont réussi à garder leur emploi doivent toujours être considérés comme des salariés chanceux. Il existe de plus en plus de données sur ce que l’on appelle le « syndrome du survivant (ou du rescapé) des licenciements ». Certains des salariés qui sont restés dans l'entreprise ressentent un sentiment de culpabilité (« Pourquoi cela est-il arrivé aux autres et pas à moi ? »), d’autres éprouvent une incertitude permanente (« Serai-je le prochain sur la liste ? »). Dans un contexte de post-restructuration, les employés éprouvent souvent une certaine incertitude quant à l’orientation future de l’entreprise et cela peut se manifester par une perte de confiance. Même si les licenciements ont sécurisé l’avenir de l’entreprise, les rescapés devront s’adapter aux nouvelles conditions de travail. Ils ont souvent le sentiment que des modifications importantes sont intervenues au niveau de leur travail et ils ont l’impression que les rôles sont de plus en plus ambigus (En outre, dans la plupart des cas, les restructurations ont pour but de rationaliser la production, ces bouleversements incessants étant alors justifiés par la quête de l’efficacité. Généralement, cette rationalisation tend elle aussi vers un objectif : augmenter la productivité. Pour ce faire, soit on améliore l’efficacité de la production, soit on fait faire la même quantité de travail par un personnel réduit d’où les réductions d’effectifs. Cette rationalisation se fait au prix d’une charge de travail accrue ou d’une intensification du travail. Cette intensification, notamment lorsqu’elle s’accompagne d’une moindre autonomie, est une source majeure de stress, d’épuisement et d’autres menaces pour la santé mentale. Elle augmente également la fatigue physique. En fait, l’intensité du travail n’a cessé de croître pendant ces deux dernières décennies, du moins en Europe (Houtman, 2007). Non seulement la pression au travail peut se traduire par une charge de travail plus importante, mais la rationalisation réduit les moments d’inactivité et donc laisse moins de temps pour la récupération face aux contraintes à la fois mentales et physiques du travail. Il s’avère que les réductions d’effectifs tendent à augmenter les contraintes physiques auxquelles sont soumis les femmes et les employés à bas revenus, étant entendu que des contraintes physiques accrues finissent par causer des troubles musculo-squelettiques.
Les rescapés d’une réduction d’effectifs importante sont les plus susceptibles de présenter une dégradation de leur santé. Même s’il existe encore peu de données sur les effets des restructurations sur la santé des « rescapés », ils ne font cependant aucun doute. Les réductions d’effectifs correspondent à des taux de traumatismes accrus), à une plus forte mortalité cardiovasculaire, ainsi qu’à une augmentation de la prescription de psychotiques aux « survivants ». De façon générale, les réductions d’effectifs font apparaître de plus mauvaises conditions de santé liées au travail L’une des conséquences les plus manifestes de ce type de restructuration est semble-t-il qu’elle met en évidence, voire aggrave, des problèmes de santé préexistants. Il est démontré que les réductions d’effectifs augmentent les possibilités de maladies musculosquelettiques, en particulier chez les travailleurs plus âgés ou ceux dont la santé était déjà médiocre avant que la réduction d’effectifs n’ait lieu. Il est par ailleurs avéré que ces épisodes de redimensionnement doublaient presque le nombre de rentes d’invalidités parmi les salariés qui conservaient leur emploi
La santé mentale
L'impact sur la santé est principalement psychique ou survient par médiation du psychisme. On observe ainsi des expressions psychopathologiques visibles, assez facilement reliées à l’organisation du travail. Il s’agit des violences au travail, qui peuvent se traduire par des agressions, par des tentatives de suicides ou des suicides sur les lieux de travail. On constate également des pathologies mentales post-traumatiques (névroses post-traumatiques ou plus souvent symptômes psychosomatiques).
Plusieurs études font état d'un lien étroit entre l’insécurité de l'emploi et la détérioration de la santé mentale. Dans ce type d’études, la santé mentale est normalement évaluée à l’aide d’un Questionnaire Général sur la Santé (Goldberg,
1989). Ce dernier permet d’apprécier les symptômes de la santé mentale (tels que les problèmes liés aux troubles du sommeil, l’anxiété, la dépression et autres). Certaines études ont pris en compte d’autres indicateurs du bien-être mental, tels que l’épuisement, la tension provoquée par l’emploi et la dépression. Plusieurs études montent clairement le lien entre l’insécurité de l’emploi et la mauvaise santé mentale.
Autrement dit, plus l’insécurité se fait sentir, plus la santé mentale s’en ressent. Aujourd’hui les risques psychosociaux sont devenus un enjeu majeur de santé et de sécurité au travail.3
Source Hires
La santé physique
D’autres études font le lien entre insécurité dans l’emploi et dégradation de la santé physique des salariés. Plus l’environnement du salarié est précaire, plus celui ci est susceptible de développer différents symptômes :
Troubles somatiques (maux de tête et les douleurs lombaires, TMS,etc.)
Troubles cardio-vasculaire
Apparition de maladies chroniques
Divers ; Augmentation considérable de l’indice de masse corporel (IMC).
Les salariés qui partent sont aussi exposés, notamment quand le PSE n’est pas accompagné de plan de reclassement ou de Formation. La perte d’un emploi dans un contexte social centré autour du travail doit être perçue comme un facteur fondamental de stress, c’est-à-dire associé aux risques graves de troubles de la santé et d’exclusion sociale. Dés études montrent une baisse de l’estime de soi, des épisodes dépressifs voire dans certains cas le suicide. Ces restructurations peuvent avoir un impact considérable sur les familles, sur les entreprises sous traitantes (dégradation des conditions de travail des salariés, licenciement) et pour les villes et les régions concernés. Ces réorganisations ont souvent un cout social élevé pour les communautés qu’il est difficile d’évaluer précisément.
La plupart des formes de restructuration, , visent à accroître la performance de l’entreprise et à améliorer sa compétitivité. Notamment avec les formes de maximisation des ressources : le « juste-à-temps », le « toyotisme », le reingineering, etc. qui impliquent de travailler tout en respectant des délais serrés au point d’en faire l’une de ses caractéristiques majeures génère une source majeure de stress. Ces formes impliquent donc une intensification du travail et donc une aggravation des risques psychocociaux et une augmentation considérable de la pression au travail. Cette dégradation des conditions de travail a des conséquences importantes pour les salariés mais à moyen terme aussi pour l’entreprise (baisse des rendements et de la productivité)
La satisfaction professionnelle
Plus l’insécurité de l’emploi est ressentie par le salarié, moins la satisfaction professionnelle est grande.
La détérioration des rapports sociaux
Des études mettent en exergue une conséquence très importante de l’insécurité de l’emploi : la détérioration des rapports sociaux au sein de l’entreprise, aussi bien entre collègues qu'avec la hiérarchie.
Le désengagement des salariés
La perte de motivation des salariés avec des quotas ou de rendement difficilement réalisable, une communication défaillante de l’entreprise. Des études montrent ont montré à plusieurs reprises le lien entre l’insécurité de l'emploi et un engagement organisationnel plus faible. Les salariés ont le sentiment que qu’elle soit leur appellation au travail, ils perdront de toute façon leur emploi.
L’absentéisme et le turnover
Plus les salariés ressentent l’insécurité de l’emploi, plus ils adoptent une attitude de retrait vis à-vis de leur travail, marquée notamment par une moindre ponctualité, plus d’absentéisme et un taux plus élevé de turnover.
Le rendement au travail
Les études révèlent des disparités qui peuvent s’expliquer de deux façons :
L’expérience montre que les processus de restructuration qui ont négligé ces problèmes de santé ont souvent donné lieu à un cercle vicieux de restructurations, avec une perte de productivité enregistrée même après que l’événement a eu lieu, comme le BIT en a fait état. L’entreprise à une responsabilité sociale vis a à vis des salariés mais aussi la communauté. Il est essentiel d’engager un dialogue de touts les acteurs pour assurer la prévention des risques professionnelles